Fantasy et science-fiction, pour contenter ou mécontenter tout le monde. Deux exemples de ma période faste: il faut dire que j’étais isolé sur la Côte d’Opale et que s’occuper en dessinant était une activité séduisante. D’abord, la couverture d’un numéro du fanzine SF de Francis Valéry, A&A (infos), avec un logo dont je n’étais pas mécontent, mais dont je note désormais que le Et aurait mérité d’être affiné ou repensé.

Et une couverture du catalogue de la librairie Ailleurs de la légendaire Cathy Martin (encore bon anniversaire tardif!), où je donnais une avant-première de Gareth, mon vaillant héros d’une ambitieuse trilogie de sword & sorcery (au moins ça, mais une trilogie avant tout), dont je connais la première et la dernière scène, quelques autres scènes-clé et la trajectoire générale, mais qui reste toujours à cette heure à l’état de projet.

C’est pas mon emploi du temps actuel qui va y remédier. J’aurais le temps, j’aurais bien barbouillé quelques couleurs pour voir ce que ça donne, mais…

Bon, allez, je repique au boulot, justement.

Lorsqu’on m’a demandé une couverture pour la revue Proxima, j’ai été flatté. Quand j’ai vu la couleur pétante du cadre (les couvertures suivaient une progression chromatique de numéro en numéro, et j’étais tombé à une étape assez ingrate) et la grosseur de la titraille qu’on avait collée dessus, j’en suis un peu revenu. Mais j’étais dans l’ensemble assez content du résultat, ayant coloré le fond grâce à un film adhésif couleur qui me permettait de faire contraste entre les textures des divers éléments et un fond uni. Comme tous ces films adhésifs, il fallait le tailler au cutter, et on se retrouvait encore des petits bouts de film collés dans la moustache quinze jours après. Dire que de nos jours, on fait ça en dix minutes avec l’ordinateur.

Je ne sais pas où j’ai fichu l’original, si je l’ai encore. Il faudrait que je cherche dans mes archives.

Toujours dans ma quête harassante de documents pythonesques dans l’infâme amas de mes… archives, voilà, oui: on va dire archives, je suis tombé sur un bloc de papier jaune quadrillé avec plein de petits crobards. La plupart sont des trucs à peine esquissés pour mettre en place une page ou chercher à définir des personnages: il y a sans doute les premiers essais sérieux pour définir les noms et l’apparence des protagonistes d’Athanase 412, pas fondamentalement différents de ce que j’ai en tête maintenant, mais pourtant indéniablement plus bruts.

Mais il y a aussi deux ou trois trucs amusants, à défaut d’être très poussés, et ceux-là me permettent de dater l’objet: vers 1989-1990, la période où je traduisais les romans de Barry Hughart, sur Maître Li et Bœuf Numéro 10, parce que je reconnais les scènes, et surtout la posture typique de Maître Li perché sur les épaules du robuste Bœuf Numéro 10 pour explorer on ne sait quelles ruines périlleuses et hantées.

C’est assez fruste, mais ça me fait des ondes nostalgiques.

 

Ramené à la lumière du jour au cours de fouilles pythonesques, une affiche qui déclare aussitôt son âge. J’ai aussi trouvé trois pages d’une bédé, je pourrais peut-être les poster ici quand j’aurai un peu de temps pour les nettoyer.

Probablement pas tout de suite, on va dire pour faire litote…

Comme j’étais à deux doigts d’exploser à force de me documenter sur les Monty Python et de ne trouver que des choses cent fois dites — que je suis aussi obligé de dire, ce qui complique d’autant le problème et me déprime un brin — et d’écrire d’une main molle sur un clavier rétif, j’ai décidé de mettre à jour ce que je pouvais trouver pour remplumer l’iconographie du bouquin (plutôt maigre, en dehors d’une ou deux douzaines de bouquins divers).

Je me suis donc plongé dans des collines mal assurées de bouquins divers, parfois s’écroulant, parfois résistant à l’édification de nouvelles piles plus solides. De temps en temps, je mettais à jour un objet qui m’inspirait la très originale remarque: «Tiens, j’avais ça, moi?» (souvent modulée, par bonheur, en: «Chouette! J’avais ça, moi?» — encore des trucs à lire ou à relire…).

Entre autres brimborions, j’ai ramené à la lumière de vieux fanzines, dont ce n°1 de Manticora, fanzine consacré au fantastique sous toutes ses formes, avec la couverture qui expliquait plus ou moins le titre, et une couverture arrière annonçant la parution de deux magnifiques pièces fantastiques de J.M. Barrie, pour lesquelles j’avais fait quelques illustrations. Comme j’ai remis les originaux à l’éditeur et que le bouquin n’est jamais sorti, je ne me souviens plus des dessins (je garde juste, pour Dear Brutus, le souvenir d’une illustration montrant un homme debout devant une porte ouvrant sur une forêt), mais je ne déteste pas, vingt ans plus tard, revoir cette annonce qui n’est pas trop mal, en fin de compte.

En attendant, ça ne remplit pas mon iconographie.  *soupir*

Les somptueuses couvertures de Doc Sovage (voir billet précédent) étaient dessinées, puis maquettées selon l’exemple des Pocket Marabout, d’abord et ultérieurement, dans un élan de nostalgie, selon certaines présentations de l’édition pulps de Doc Savage (l’autre). Comme en plus je ne reculais devant rien, chaque roman traduit avait un titre original VO. L’Inca breton, qui racontait la tentative criminelle d’un descendant des Incas — qui ont fondé la Bretagne, comme chacun sait — pour rétablir l’empire de ses ancêtres, s’intitulait à l’origine Sins of the Son of the Sun. Si, si, je vous assure.

Visiblement, le traducteur adaptait les titres en français de façon assez libre. Le chien.

J’ai rectifié une partie du lettrage pour faire un peu plus propre et jeté un peu de couleur pour rendre tout ça plus pimpant.

Plus pimpon?

Oui, j’ai fait ça vite. C’est juste pour montrer que je suis occupé mais que je n’oublie pas tout à fait ce blog.

Au début des années 80, deux jeunes fripons avaient perpétré, dans les hauts de page de Spirou, des aventures de Bob Marone, héros viril pour la jeunesse. Quelques années plus tard, leurs fredaines leur ayant valu de quitter Spirou, ils prolongèrent ce gag par la création chez Glénat de deux albums d’aventures de Bob Marone, regroupés depuis lors en un seul volume, Le Dinosaure Blanc.

Mais leurs actions avaient eu des répercussions plus souterraines et non moins bizarres: les éditions de l’Hydre, sises quelque part dans la grande forêt landaise, avaient publié un recueil photocopié et calligraphié au stylo-bille des deux aventures parues dans Spirou, Les Gâcheurs de dinosaures et Les Bonbons de l’Ombre Mauve, et avaient ensuite eu l’idée perverse de poursuivre l’entreprise, avec une avalanche d’aventures plus ou moins vraisemblables du héros à la coiffure en brosse légèrement déformée par la pratique intensive du karaté. Plusieurs personnes participèrent à l’aventure et on me souffle même que des gens qui ont écrit depuis de vrais romans publiés normalement par des éditeurs respectables ont mis la main à la pâte.

        

Et comme l’idée avait acquis sa propre vitesse d’entraînement, que les fascicules Bob Marone sortaient sous forme de faux Pocket Marabout photocopiés devenus des Pocket Caribou, d’autres séries suivirent. Je ne suis pas certain de l’existence des Rémy Gallart (parodie des Jo Gaillard) annoncés à la fin du Pocket Caribou n°1, mais je peux garantir celle de la délirante série Nina Hagen, romans frénétiques d’espionnage où figuraient à peu près tous les organismes de barbouzes recensés au cinéma et en bédé, et celle de Doc Sovage, parodie de qui vous devinez, où, après un premier volume où je ne me rendis coupable que de la couverture, je commis les textes et les couvertures, voire les illustrations intérieures, de volumes aussi essentiels que L’Inca breton et Vous qui passez samovar.

Mais je n’étais qu’un exécutant, monsieur le juge. Ils connaissaient mon adresse et m’avaient menacé, pour me faire collaborer. En tout cas, ils en avaient l’intention, j’en suis sûr. Les couvertures étaient signées avec finesse Jim Pama. Je crois que l’idée était que, si on me demandait de qui elles étaient, je pouvais répliquer avec malice: «C’est Pama!»

C’était une autre époque. On s’amusait de peu.

C’était couru. Je me suis remis à dessiner, j’étais bien lancé, je commençais à retrouver les gestes et les trucs, et paf! Du boulot. Un bouquin à traduire, un autre et deux articles à écrire. Et évidemment, j’ai “Arthurienne” en tête, les dialogues, les différentes péripéties.

Bon, pas la peine de se lamenter, on reprendra quand on pourra. Pour l’heure, histoire d’occuper le terrain, une des illustrations que j’avais faites pour une collection du type “L’histoire dont vous êtes le héros”. On m’a dit ensuite que les illustrations avaient plu, mais que la collection s’arrêtait.

Caramba. Encore raté!

Mais ça va pas, la tête?

Trois posts en trois jours? J’ai pas autre chose à faire?

Si, si. Mais… deux réponses. D’abord, c’est quand on a autre chose à faire qu’on cherche tous les moyens de ne pas le faire. Ensuite, en voyant le vilain dessin d’hier, je me suis demandé comment je ferais les mêmes aujourd’hui. Comme je m’aime bien, j’ai décidé d’assouvir ma curiosité.

Vite fait, donc, avec les habituels soupirs sur l’encrage (mais au pinceau, avec mon nouveau pinceau, ça va un peu mieux, on dirait), et quelques changements: j’ai un peu serré les personnages, parce que j’ai travaillé sur un papier de format plus petit; on ne voit plus la Baragrine — normal; le Martien est désormais rouge, parce que planète rouge, parce que vert, dans l’herbe, c’était pas terrible, et parce que gris, comme les Petits Gris, c’était pas folichon.

Ah, flûte, j’aurais dû mettre trente-cinq. Je me suis laissé fasciner par la séduction du chiffre rond.

Bon, allez, c’est trop tard, ça restera comme ça, je vais faire ma vaisselle, maintenant.

J’ai plus d’excuse.

Fouillant dans mes archives, je tombe sur ce dessin. Il est vilain, mais j’ai des excuses: ce doit être mon tout premier dessin des personnages de Baragrine, donc je ne les avais pas encore vraiment à ma main. Ils se sont arrondis et améliorés depuis (rhôo, la gueule d’Alfie, quand même).

Et, comme nous sommes le 1er avril, on a même droit à un spectacle qu’on ne verra plus jamais: la Baragrine, sortie de l’eau.

1976, quand même.

Trente-cinq ans. J’ai comme un vertige…

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