Parmi mes grands projets à moi que j’ai, traîne depuis une grosse trentaine d’années une trilogie de fantasy animalière dont le squelette est à peu près établi, et pas mal de pages toutes dessinées dans ma tête.

Malheureusement, la bande dessinée a un défaut énorme par rapport à l’imagination: il faut la dessiner – et j’ai toujours remis le projet à plus tard. Ce, pour diverses raisons: au début parce que je ne me sentais pas les épaules pour dessiner ça, ensuite plutôt parce que je me perdais en stratégies variées sur la manière de me lancer dans le projet. Au temps de l’autoédition personnelle, l’idée de tout découper en une série de pseudo-comics à la Cerebus me titillait, par exemple. Mais je me disais qu’il faudrait prendre pas mal d’avance pour ne pas risquer de nuire à la régularité de sortie des numéros, avec un tel système. L’avantage du système  reposait en une sorte de prépublication, qu’on pouvait corriger avant publication éventuelle dans un format plus durable, en fonction des progrès que j’avais pu faire au cours de la réalisation de la saga.

Oh, mais, c’est que j’avais bien mitonné mon coup! Un plan imparable – qu’il aurait juste fallu mettre en œuvre à un moment donné. Ouais, ouais, chipotez pas.

L’intrigue (que je ne vais pas non plus raconter, au cas où le temps et l’énergie me viendraient brusquement pour m’y lancer) tournait entre autres autour d’un royaume qui tombait à cause d’une soudaine accumulation de dettes. J’avais trouvé l’idée un peu originale – je n’ai pas souvenir d’un roman de fantasy où le concept soit utilisé – et me délectais de la traiter. Il y avait d’autres enjeux, ce n’était qu’une intrigue secondaire, hein! La Menace fantôme, au cas où je ne m’en serais pas aperçu tout seul, m’aurait enseigné que ce genre d’intrigue financière est en lui-même puissamment soporifique.

Évidemment, ces jours-ci, l’originalité du concept paraît un peu dégonflée par l’actualité, ce qui peut porter au projet un nouveau coup, fatal. Peut-être alors vaudrait-il mieux que je reprenne mon grand projet de space op animalier, qui se déroule dans une région de l’espace où a été instaurée la Première Anarchie universelle, terme un peu impropre pour un joyeux trululu où coexistent des planètes dans une association d’autonomies locales. Et comme ça, si par malheur mon projet de fantasy avait été prémonitoire, on pourrait peut-être redresser la barre dans une direction plus sympathique pour la conjoncture.

Bref, de la grande saga prévue de Gareth, ne sont finalement sorties qu’une couverture pour le catalogue de la librairie Ailleurs, et une histoire en six pages pour la revue Sapristi!, dont voici la première. La saga elle-même est née d’un projet encore plus lointain, l’épopée de Cerngoth, dessinée avec un style réaliste, et restée en panne après une première histoire (assez vilaine) publiée dans le Comics Unlimited d’Alan Austin, une deuxième (pas terrible), non publiée si je ne m’abuse, et un début de troisième (en progrès, mais pas assez), resté en plan. Ce que j’ai d’ailleurs déjà évoqué. Je radote. Mais à sa (partielle) publication, Cerngoth n’était déjà pas tout neuf, en fait: je m’étais fait poliment rembarrer en proposant trois histoires en deux planches très seventies sur le personnage à la rubrique Carte Blanche de Spirou.

Bref, après avoir pris conscience que, du point de point réalisme, mon coup de crayon n’était vraiment pas au point, j’avais dès lors opté pour un panda sorcier plus dans mes cordes, avec des costumes quelque peu Renaissance (moins ressassés qu’un pseudo Moyen-Âge omniprésent): Gareth. Un nom piqué au page de Lancelot, que j’avais bien aimé dans The Once and Future King de T.H. White. J’avais prévu une enfance, une jeunesse passée à apprendre la magie selon des modalités récupérées de Cerngoth (l’histoire parue dans Sapristi! s’inscrivait dans cette période) et l’intrigue de la trilogie mentionnée plus haut.

De grands plans. Et un jour, peut-être…

Mais pas cette semaine. J’ai plein de boulot en cours.

Publicités