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Pluie d'automne

Normalement j’essaie de changer de palette limitée à chaque fois, mais là, étant donné le titre, je n’avais guère le choix. J’ai triché avec un peu de jaune mordoré.

Encore une des ébouriffantes aventures de Doc Sovage, mythique série dont les bardes chantent parfois la saga en bis quand le public mérite une punition.

Au début des années 80, deux jeunes fripons avaient perpétré, dans les hauts de page de Spirou, des aventures de Bob Marone, héros viril pour la jeunesse. Quelques années plus tard, leurs fredaines leur ayant valu de quitter Spirou, ils prolongèrent ce gag par la création chez Glénat de deux albums d’aventures de Bob Marone, regroupés depuis lors en un seul volume, Le Dinosaure Blanc.

Mais leurs actions avaient eu des répercussions plus souterraines et non moins bizarres: les éditions de l’Hydre, sises quelque part dans la grande forêt landaise, avaient publié un recueil photocopié et calligraphié au stylo-bille des deux aventures parues dans Spirou, Les Gâcheurs de dinosaures et Les Bonbons de l’Ombre Mauve, et avaient ensuite eu l’idée perverse de poursuivre l’entreprise, avec une avalanche d’aventures plus ou moins vraisemblables du héros à la coiffure en brosse légèrement déformée par la pratique intensive du karaté. Plusieurs personnes participèrent à l’aventure et on me souffle même que des gens qui ont écrit depuis de vrais romans publiés normalement par des éditeurs respectables ont mis la main à la pâte.

        

Et comme l’idée avait acquis sa propre vitesse d’entraînement, que les fascicules Bob Marone sortaient sous forme de faux Pocket Marabout photocopiés devenus des Pocket Caribou, d’autres séries suivirent. Je ne suis pas certain de l’existence des Rémy Gallart (parodie des Jo Gaillard) annoncés à la fin du Pocket Caribou n°1, mais je peux garantir celle de la délirante série Nina Hagen, romans frénétiques d’espionnage où figuraient à peu près tous les organismes de barbouzes recensés au cinéma et en bédé, et celle de Doc Sovage, parodie de qui vous devinez, où, après un premier volume où je ne me rendis coupable que de la couverture, je commis les textes et les couvertures, voire les illustrations intérieures, de volumes aussi essentiels que L’Inca breton et Vous qui passez samovar.

Mais je n’étais qu’un exécutant, monsieur le juge. Ils connaissaient mon adresse et m’avaient menacé, pour me faire collaborer. En tout cas, ils en avaient l’intention, j’en suis sûr. Les couvertures étaient signées avec finesse Jim Pama. Je crois que l’idée était que, si on me demandait de qui elles étaient, je pouvais répliquer avec malice: «C’est Pama!»

C’était une autre époque. On s’amusait de peu.